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Exemple de la Puissance ou Puissance de l'Exemple

 Originally Appeared in: Le Meilleur des Mondes: Number 9 | Published: October, 2008

Alors que s’achève l’ère Bush, une grande effervescence règne dans certains milieux intellectuels américains. Parmi les thèses qui s’opposent, celles de Robert Kagan et Parag Khanna, deux experts désireux chacun d’influencer la politique étrangère du nouveau président. Et de proposer des perspectives innovantes.

Pris dans les rafales du shamal irakien et les tourbillons de sable que l’invasion et l’occupation bâclée de l’Irak ont déchaînés, les Américains ont du mal à saisir le monde dans sa globalité. Alors que la spectaculaire ascension économique de la Chine, de l’Inde et du Brésil est en train de modifier rapidement le paysage géopolitique, l’Iran, la Russie et la Chinese sont enhardis à contrecarrer la volonté américaine. Beaucoup de choses dépendent désormais de l’ingéniosité et de l’éclat avec lesquels l’Amérique parviendra à réinventer le monde qui l’entoure.

Persuadés que le nouveau president devra se débarrasser du style et de l’essentiel de la substance de la politique étrangère de Bush-Cheney, plusieurs experts et/ou journalistes ont récemment surmonté leurs scrupules pour endosser pleinement le rôle de visionnaire et réimaginer le monde. Ils relèvent tous un même défi : combiner mondialisation et géopolitique en une seule et même image du monde. Leur prédécesseur dans cette tâche, le journaliste Thomas Friedman, célèbre pour ses éditoriaux dans le New York Times, était parfaitement conscient du problème. Il a d’ailleurs intitule son ouvrage le plus connu Le monde est plat afin de caractériser ce nouvel espace économique global que constituent, par l’intermédiaire de moyens de communication ultrarapides, les flux de capitaux, d’information, de savoir et de services. Mais lorsqu’il y aborde le chapitre de la géopolitique, il déclare : « Je sais que le monde n’est pas plat. » L’espace géopolitique n’est pas euclidien.

La fin de l’hyperpuissance 

Deux de ces visionnaires, particulièrement provocateurs, se distinguent par des visions du monde, du pouvoir et des doctrines stratégiques américaines complètement opposées. Parag Khanna, géopoliticien – connu pour ses articles dans le New York Times et le Financial Times comme pour ses interventions sur CNN – soutient dans son ouvrage The Second World : Empires and Influence in the New Global Order que la mondialisation de l’économie s’est accompagnée depuis la chute du communism soviétique d’une redistribution rapide des enjeux. Selon cette vision, les États-Unis, l’Europe et la Chine font désormais figure d’incontournables concurrents, rivalisant à coups de relations économiques et dans le domaine de la sécurité avec des pays du globe moins puissants mais au développement fulgurant, sur lesquels ils souhaitent prendre l’avantage. C’est une vision plus « bipolaire» que défend Robert Kagan. Dans son dernier ouvrage, The Return of History and the End of Dreams, ce partisan fervent de la guerre en Irak tente de ressusciter l’hypothèse néoconservatrice d’une suprématie américaine en remettant au goût du jour l’idée d’un conflit global à travers une division manichéenne et fondamentale opposant la démocratie et l’autocratie. Chacun de ces auteurs espère avoir l’oreille du nouveau président. Kagan est déjà un conseiller de McCain (bien que « de façon informelle et non rémunérée »). Khanna, lui, n’est pas formellement engagé auprès d’Obama. Mais il tente pour sa part de cheviller la politique étrangère à une affirmation de la mondialisation, dont il considère les répercussions diplomatiques plus stimulantes que fragilisantes. Pour lui, la pérennité de la puissance américaine tient à sa capacité à reconnaître qu’elle n’est plus désormais la seule superpuissance – et qu’elle n’a pas besoin de l’être. Quant à l’augmentation du chômage et à la pression de l’immigration, la solution à de tels effets négatifs de la mondialisation repose selon lui sur la mise en place de réformes intérieures et le développement d’efforts concertés pour améliorer l’économie de pays en voie de développement, plutôt que sur le protectionnisme et le contrôle des frontières. Khanna pourrait paraphraser l’ancien president Bill Clinton qui, lors de la convention du parti démocrate à Denver, fin août, a déclaré : « Nous souhaitons que le monde entier envie la puissance de notre exemple plutôt que l’exemple de notre puissance. » Kagan, au contraire, adhère à la doctrine qui fait de la supériorité militaire à l’échelle globale la pierre angulaire du pouvoir de l’Amérique et de la diffusion des idées libérales. L’amoralisme de Kagan peut logiquement sembler incompatible avec le moralisme messianique et idéaliste associé à Bush, mais de fait ces deux points de vue se retrouvent dans l’humeur des conservateurs aujourd’hui….

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